L'expédition Benbow 2013

Le vanuatu


L'archipel du Vanuatu est une jeune chaine volcanique constituée de plus de 80 îles et îlots, situé entre la Nouvelle-Calédonie, les îles Salomon et les Fidji.
Il appartient à la ceinture de feu du Pacifique, une ligne de 40 000 km en forme de fer à cheval bordant l'océan Pacifique qui regroupe 75% des volcans actifs de la planète. Il compte 12 volcans actifs dont 5 en activité permanente.

Le volcan d’Ambrym possède une caldeira (volcan originel de 12 km de diamètre) à l’intérieur de laquelle se trouvent 2 cratères principaux.
Ambrym a la particularité de posséder plusieurs lacs de lave, ce qui est extrêmement rare puisque il n’en existe que 5 sur l’ensemble de la planète. Scientifiquement parlant, il est d’autant plus exceptionnel car c’est le seul volcan possédant un lac de lave à se situer dans une zone de subduction.

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L'expédition


La genèse de cette expédition résulte avant tout de la rencontre sur Ambrym de Michel, passionné de volcans, et de Bruno, amateur d’aventures et de défis. Au contraire du Marum, son voisin, le Benbow est un cratère qui ne se dévoile pas et dont l’accès reste difficile. L'idée d'aller contempler une partie méconnue du cœur de la terre et d'être les premiers à atteindre la troisième terrasse s'impose alors à eux.
Ils décident alors de réunir tout une équipe pour mener à bien le projet : Valérie et Frédérique, les grimpeurs, professionnels de la sécurité, qui cette fois partagerons leurs savoirs pour descendre plutôt que monter ; Thomas, volcanologue accompli et passionné, crédit scientifique de la mission ; Dominique, le spéléologue, amateur des entrailles de la terre qui avait déjà eut l’occasion d’inspecter des cavités fumantes de la Soufrière en Guadeloupe; enfin, Paolo et Nicolas, les preneurs de vue, afin de ramener des images de ce qui n'avait jamais été vu par les Hommes auparavant.

L’équipe constituée, 6 mois ont été nécessaires à la préparation de l’expédition... Matériels, logistique, entrainements, rien n'est laissé au hasard et Michel et Bruno coordonne le tout activement.
Alors que Paolo, Thomas et Nicolas se retrouvent quelques jours avant pour rencontrer et filmer l'île et ses habitants, (épisode1 & épisode 2) c'est finalement le 1er juin 2013 au soir que le groupe des huit se trouve réunit pour la première fois en totalité au village de Lalinda (épisode 3).

Le 2 juin, tôt le matin, la longue montée pour le camp de base est entamée. Celui-ci se situe du coté du vent dominant à 750 mètres d’altitude environ à la limite de la caldeira et de la forêt de palmiers endémiques de l’ile. (épisode 4)
C’est sous un ciel rayonnant et accompagné de 50 porteurs et de deux guides que chacun entame sa part de travail. Grace à nos incroyables porteurs, les environs 500 kg de vivres et matériels sont acheminés sans encombre et dès l’après-midi une première reconnaissance du Benbow s’effectue. Les cordes et premiers matériels sont laissés sur place tout en haut à 990 mètres d’altitude.

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Un nouveau raid est tenté le 3 juin et cette fois, il faut maintenant trouver un passage pour oser se risquer à descendre. Les deux terrasses successives à atteindre nécessitent l’utilisation des cordes de spéléo mais ce sont de vrais falaises disposées en strates instables qui nous attendent.
Les avis divergent, la dangerosité des à-pics à descendre rebutent un peu tout le monde et incitent surtout à la prudence. Trop tard pour aujourd’hui pour faire une tentative. En inspectant en fin après-midi les arêtes vives du volcan, il est pourtant aperçu pour la première fois le bouillant du bouillon. Et à la nuit tombante, l’embrasement du volcan d’une teinte rouge vive ravit tout le monde de son spectacle grandiose.

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Le retour au camp de base prend environ une heure et demie. La caldeira se situe au centre de l'ile et offre un décor lunaire à ceux qui ont la chance de la découvrir (épisode 5). Des paysages insolites se sont formés au gré des coulées et explosions sur des milliers d’années.
Du mardi 4 juin au vendredi 7 juin, la pluie tambourine sans relâche les toiles de tentes et les précipitations prédominent. L’eau de pluie se charge en acide sulfurique tirés des crachats en continu des deux volcans. Le moral du groupe en prend un coup malgré les longs conciliabules autour du feu et de la pleine cuisine collaborative à laquelle chacun s’adonne. Aucune tentative n'est possible.

Vendredi il pleut encore mais c’est le dernier jour car demain est programmé le retour au village. Masque à gaz et lunette de protection sont indispensables car le temps incertain nous arrose régulièrement de sa pluie acide.
11h30 sur la première terrasse, la décision est prise, un commando va descendre. Trois piquets sont martelés dans la scorie volcanique pour amarrer la corde qui commence à se dérouler du sac de Fred, le vrai pro c’est lui. Quatre fractionnements sont nécessaires pour éviter les frottements de la nouille sur les parois qui est l'unique chemin de retour.
12h30, sur la seconde terrasse à 600 mètres, on se communique par talkie-walkie entre les trois groupes formés Une première tentative à dérouler l'autre corde mais l’endroit se révèle trop risquée avec des blocs instables.
15h00, une saignée dans la falaise qui se dévale à pied, nous a permis de descendre sans avoir à installer de nouvelles cordes.

Enfin sur la troisième terrasse, à environ 530 mètres, c’est gagné ! (épisode 6) Mais à ce niveau, l’impression est encore plus saisissante du monde hostile qui nous entoure. Le grondement d’en haut est devenu vacarme en bas à l’équivalent d’un océan en furie qui se fracasse sur les côtes. Les nuages et la fumée du volcan s'emmêlent pour former un brouillard qui s’agitent avec les turbulences de l’air. Et surtout l’impression d’être tout petit au fond d’un entonnoir et ce chaudron qu’on devine et que l’on sent prêt à tout moment à se remplir de bruit et de fureur. Maintenant il nous reste à approcher au bord du trou, voir des yeux ce qui reste imaginé. C’est bien le but ultime mais le décor et l’ambiance impressionnent, et si la température nous irradiait ? Caché d’abord derrière un gros rocher, le Benbow s’est alors lentement dévoilé. Dans la vie de tout être, il y a quelque fois des moments forts qui laissent des traces. S’approcher d’un coeur en fait partie mais celui de de la terre en est un autre. Contempler 1200 degrés de matière en fusion, tel un sang bouillonnant d’une artère à notre planète, porte une marque indélébile à nos esprits.

Et comme un symbole de vie, nous n’étions pas seuls sur cette lèvre supérieure, à 60 mètres environ au-dessus de la lave. Un petit papillon aux ailes étendues se cramponnait sur la verse, peut-être lui aussi hypnotisé par la vision du Coeur de la Terre.
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The Heart of the Earth